danse-contemporaine

Paris a déserté son centre : 9 des 11 millions d'habitants de l'agglomération vivent aujourd'hui à l'extérieur du périphérique. Les pavillons au charme croquignolet accueillent des familles avec enfants en quête de loisirs et de culture et la Seine Saint-Denis conserve son réseau associatif dense. Si au cœur de Paris ne viennent plus que les touristes, les artistes et intellectuels investissent alors la Seine-Saint-Denis pour créer et innover. C’est pourquoi mon projet de synthèse consiste en la réalisation de l’identité visuelle d’un festival chorégraphique de danse contemporaine en Seine Saint Denis. Suite de gestes et de pas définie par le rythme du support musical sur lequel on l’exécute, plus ou moins codifié, la danse se pratique solo, en couple ou en groupe. Qu’elle soit passe-temps, exercice, métier, passion, la technique semble être un axe primordial pour la penser mais est-ce le seul ? Il semble intéressant d’étudier le lien entre la danse et la philosophie.  En outre, la notion de danse contemporaine cherche à questionner les limites du spectacle vivant. Les danseurs et chorégraphes se sont emparés du concept et se le sont approprié. La danse contemporaine est-elle alors un Art qui mérite sont festival ?

 

La danse contemporaine est-elle une technique ou un art ? La danse suppose de la technique. Les procédés de travail et d’expression, plus que l’inspiration, créent un procédé empirique pour produire une chorégraphie. Pour cela, l’art prend la matière vivante « les matières comportent une certaine destinée ou une vocation formelle. Comme les mots résistent au poète, le mouvement résiste au danseur. Il y a de la technique dans l’art car cette matière qu’est le corps lui résiste.  Comme l’artisan, le danseur a su acquérir peu à peu, patiemment et difficilement tout un savoir. Dans la danse se manifeste la technique, qui est une pensée sans parole, une pensée des mains et de cet outil que devient le corps.  « C’est une pensée qui craint la pensée » observe Alain dans Propos. Par ailleurs, ses gestes, ses mouvements, ses actions jaillissent d’un excès d'énergie, de forces, de puissances, qui vont au-delà nos besoins physiologiques. Il déborde d’une nécessité vitale. Un danseur souhaite explorer toutes les possibilités du corps en mouvement.  L'étrangeté du corps dansant tient à son mouvement oscillant entre mobilité, instabilité et réglage, ajustement entre spontanéité, impulsion et élaboration savamment orchestrée, entre illusion d'imprévu et prévision. Dans Variété, théorie poétique et esthétique, Paul Valéry, philosophe et poète souligne que la danse peut être considérée comme un mélange infini de technique sans limite. Mais la danse n’est pas que la technique. Si elle le suppose n’est-elle pas aussi un Art ? Telle est la question posé par la philosophie de son origine jusqu’à Kant, En effet, art et technique ne peuvent se séparer sauf à créer des humains obsédés par l’utile. La danse contemporaine n’a pas pour vocation de représenter le beau comme la danse classique, elle doit être une belle représentation de ce qu’elle exprime. Elle est un langage qui exprime les pulsions de vie et de mort : Eros, Dionysos ou Thanatos, plaisir, plaisir, vie, fête, chaos ou même mort. Elle tire ses origines de l’histoire de l’homme, et accompagne nos vies depuis toujours. A ce titre, la danse a été traversée par différents mouvements, mais aussi par différents grands maîtres. Si certains l’envisagent comme un sport, parce qu’elle exige une bonne condition physique, la danse contemporaine comme tous les arts peut transmettre des émotions et véhiculer des messages. Elle est un langage indirect, qui conduit directement à l'émotion. Enfin, elle est art parce qu’elle est création  « Tout art est une disposition accompagné de raison tournée vers la création » Dans L’éthique à Nicomaque, Aristote au  IV siècle avant JC,  développe trois critères nécessaire à l’art, une disposition  qui désigne le génie ou le don de l’artiste,  la raison qui  permet de se représenter l’œuvre  complète dans son esprit avant le début de sa réalisation et la création.  Il ne suffit pas d’imiter la réalité pour faire une œuvre d’art remarque aussi Fernand Léger « l’art consiste à inventer et non copier ». Si la création ex nihilo n’est pas nécessaire, chaque ballet reste une création et une œuvre unique. La Danse contemporaine est toutefois une danse hybride. Elle explore les capacités de mouvement du corps et d'expression personnelle pour les danseurs-chorégraphes. Elle est incernable et transgresse les codes : costume, espaces, temps de l’action du danseur et les déterminations du code social. Ainsi, elle invente un nouvel ordre. La danse contemporaine peut se définir grâce à la philosophie comme une technique mais aussi un art que se caractérise par son hybridité.  

Cet art hybride qu’est la danse contemporaine mérite-t-il son festival ? Pour François Frimat, le contemporain est une valeur car il est un rapport immédiat, subjectif et personnel au temps.  Il n’a rien en commun avec la modernité. En effet, la danse contemporaine relève d’une esthétique et d’une pragmatique du corps.  Elle interroge l’espace, le temps, les jeux entre individus et le groupe. Le contemporain crée sans rompre réellement avec l’ancien et c’est ainsi que nait la notion d’hybride. Donnons déjà un sens à ce terme d’hybridité. Le langage courant parle de formes hybrides pour évoquer des formes composites, dont les éléments peuvent évoquer des formes d'origines tout à fait étrangères les unes aux autres. L’hybridité définie, nous pouvons maintenant comprendre le questionnement de la danse contemporaine. Elle forme un ensemble hétérogène par la singularité de ses pratiquants.  Elle critique les données historiques de geste, postures ou de mouvements corporels, et se métamorphose à chaque fois et à chaque pratiquant.  Le concept est tel qu’en regardant deux danseurs interpréter la même chorégraphie, le spectateur puisse la ressentir différemment. Ainsi, Alain Buffart interprétant son solo Good boy depuis des années vient se placer correctement dans la pensée de nouvelle sensation. Cette « hybridité » suit notamment l’ambition qu’a eu le contemporain de mélanger différente technique pour le spectacle. Danse théâtre, non danse, elle transgresse les limites, en commençant par les limites imposé par le corps. « Un danseur, c’est avant tout quelqu’un qui se regarde et qui se regarde dans un miroir. Parce que la danse, c’est le miroir. Tous les gens qui pratiquent un art ont un instrument : un violoniste aime son violon, un pianiste son piano, un peintre sa toile et ses pinceaux…Nous, nous n’avons que notre corps » exprime Béjart. La danse contemporaine cherche à se défaire de la biologie, de la nature en inventant sans cesse des choses nouvelles. Elle est même une pensée qui dépasse la danse, mais s’adresse au contemporain en lui-même. Cette hybridité de la Danse contemporaine peut-elle s’exprimer dans un festival ? Le festival est une manifestions festive, un rassemblement autour d’activités liées au spectacle, aux arts, au divertissement. Il permet d’unifier la cité et est déjà présent avec le théâtre où le but est de se débarrasser des différenciations et des hiérarchisations sociales et culturelles. Ce principe d’abolition des distances sociales se trouve dans le festival. L’artiste par son œuvre cherche le divertissement, le partage, le plaisir avec le public. La danse contemporaine dans un festival permet de partager le dépassements de limites corporelles, scéniques et de soi « Lorsque je danse, je ne cherche à surpasser personne d'autre que moi » explique Mikhaïl Nikolaïevitch Barychnikov pour susciter une émotion plus forte face à son public qu’il soit d’initié ou pas. Car, le festival lui ne fait pas de distinction. « On peut danser partout, et c’est cela qui est beau » remarque Hervé Koubi.

 

La danse contemporaine, comme tout art exige une technique parfaite. Elle dépasse toutefois l’utile et les simples nécessités pour se tourner vers l’Art. Elle est langage mais aussi création unique. La danse contemporaine n’a pas pour vocation de représenter le beau comme la danse classique, elle est belle représentation de ce qu’elle exprime : pulsions de vie, de mort et de la fête. Par ailleurs, la valeur de la danse contemporaine réside dans son rapport immédiat, subjectif et personnel au temps et se caractérise par son « hybridité » : le mélange de différentes techniques.  Elle transgresse les limites, en commençant par les limites imposées par le corps. Le festival parce qu’il est le lieu et le moment de l’abolition des différenciations et des hiérarchisations sociales et culturelles est le moyen adéquat de son expression. Le Festival Rencontre chorégraphique Internationales de Seine Saint Denis est donc le lieu et le temps propice de la culture et du partage par la danse contemporaine, art hybride par les nombreuses techniques qu’elle engage et l’abolition des limites qu’elle explore. Ce festival accomplit le vœu qu’exprime Richard Shusterman dans L’art à l'état vif : la pensée pragmatiste et l'esthétique populaire : « l’art doit sortir de son enceinte sacrée et se réintroduire dans le domaine de la vie ordinaire, où il servirait de guide, de modèle et de stimulant pour une réforme constructive, au lieu de n'être qu'un ornement sur ajouté ou une alternance positive au réel".

Melvyn .N