chaussures

 

L’histoire de Cendrillon, de son prince et de la pantoufle de vair nous était racontée pour nous bercer de beaux rêves. Nous avons vite compris que le prince n'était pas de ce monde, mais qu'il existait néanmoins une compensation à cette illusion : les chaussures ! Si ces dernières sont fabriquées par Les Nouveaux créateurs de Chaussures, la réalité devient conte de fées. Mon projet de synthèse consiste à élaborer la communication d’un nouveau salon, celui des Nouveaux Créateurs de chaussures, porte de Versailles à Paris, capitale des Arts et de la Mode. Ce salon vise un public en quête de nouvelles tendances et de modernité en matière de chaussures. Les chaussures se rangent indéniablement du côté des objets utiles et pourtant certaines excentriques semblent être des œuvres d’art. Mais qui sont ces Nouveaux Créateurs de Chaussures ? Artisans ou artistes, un salon parisien est-il le lieu adéquat pour exposer leurs créations ? La philosophie peut-elle nous aider à penser un « Salon des Nouveaux Créateurs de Chaussures ?

Transmis de génération en génération, leur savoir-faire a une ambition : parer le pied de la botte seyante aux escarpins de nos rêves en passant par le soulier extravagant. La multiplicité et pourtant l’unicité de chaque création suscite une question : les nouveaux créateurs de chaussures sont-ils des artisans ou des artistes ? L'art de l'artisan comme celui de l’artiste réclame une technique, mais ils n'ont pas la même finalité.  L’artisan produit un objet pourvu d'utilité tandis que l’artiste recherche le beau. L’artiste et l’artisan ont cependant des points communs dont celui d’obéir à la « Technique », du grec téchnè qui selon Aristote, signifie, « une disposition à produire accompagnée d'une règle vraie ». La technique au sens grec est l'ensemble des règles qu'il faut suivre pour produire un objet donné. Il désigne jusque-là toute activité humaine ayant pour but de produire des objets. En ce sens, l'art s'oppose à la nature, L'art réclame donc toujours des règles pour le bottier, comme pour le sculpteur pour produire l'œuvre désirée. Véritable puzzle, ouvrage de patience, la chaussure de luxe marie élégance, création, et confort. Sa réalisation demande un grand nombre d’heures de travail et comporte de nombreuses étapes techniques Ainsi, la conception et la réalisation d’une nouvelle chaussure illustre l’art de l’artisan ou de l’artiste qui doivent se plier à une technique pour produire ce qui était conçu. Artisan ou artiste, le créateur de chaussure obéit aux règles d’un même art. Pourtant, les chaussures des Nouveaux Créateurs n’ont pas pour simple utilité d’habiller le pied ou de le protéger mais prennent des airs de sculptures. Pourtant, l’art se différencie communément de la technique. La technique nécessite uniquement de l'habilité tandis que l’art nécessite un certain génie. Pour être véritablement être artiste, ne faut-il pas créer ? Le Nouveau Créateur de Chaussure ne crée pas ex nihilo mais tel un démiurge, il crée à partir de formes, de matière, de couleurs. En outre, sa création multiple et diverse est aussi expression, de l'esprit d'une époque ou d'un peuple comme le souligne Hegel ; des intérêts d'une classe, comme tout phénomène culturel comme l’exprime Marx ou un engagement politique ou social de la part de l'artiste. Le mot « expression » suppose que l'art est un langage à interpréter et à traduire, pour en ressortir un message caché. L'art servirait donc une fin précise, qui est de véhiculer un message conscient (engagement de l'artiste) ou inconscient (esprit d'un peuple ou intérêts d'une classe). D'autres réalisations manifestent que, l'art a pour but de se libérer de ses passions : la catharsis (La Politique, IVe siècle avant J.C.) ou est moyen pour l'artiste de sublimer ses pulsions inconscientes comme le montre Freud.  Enfin, Kant soutient en effet qu'il est essentiel que l'art et le beau soient désintéressés. « Le jugement de goût est seulement contemplatif ; c'est un jugement qui, indifférent à l'existence de l'objet, ne fait que lier sa nature avec le sentiment de plaisir et de peine ». La chaussure est donc à la fois, un objet utile mais aussi un objet fait par art et parfois un objet d'art Indéniablement l’imagination des nouveaux Créateurs de chaussures est fertile et leur art mérite reconnaissance.  Le salon est-il le moyen adéquat pour exposer leurs créations ?

Qu’est-ce qu’un salon ? Cette exposition, généralement annuelle, présente les produits d'une branche particulière de l'industrie ou du commerce et regroupe sur un même lieu des prestataires exposants et des professionnels du secteur. Lieu et moment de partage et d’échange, un salon permet aux entreprises, créateurs ou artisans de prospecter de nouveaux clients puis de les fidéliser dans le temps. Toutefois, historiquement, le salon n’avait pas qu’un intérêt commercial mais avait aussi une vocation artistique. Le Salon carré était la Grande salle du Louvre où se tenait aux XVIIIe et XIXe, l'exposition officielle des artistes membres de l'Académie ou agréés par elle. Puis, elle devint tout lieu où se tenait l’exposition officielle des artistes vivants, son complément indiquant la qualité des exposants, la nature des œuvres exposées ou la périodicité de l'exposition. Le salon est donc le lieu mais aussi le moment de la rencontre entre des personnes qui ont le même centre d’intérêt ou la même passion. Si Le salon est aussi un lieu de rencontre et communication, la chaussure en elle-même est l’objet de communication. Le Nouveau Créateur s’exprime en créant et l’acheteur en choisissant ses chaussures. « Je montre ce que je suis, ce que je veux. La chaussure est un message de communication qui n’est pas exprimé. » Selon Merhabian, 55% de la communication passe par une communication visuelle, communication non verbale dont la chaussure est un élément fondamental.  L’esthétique de la chaussure se fait instrument de séduction et outil d’affirmation de soi. Privilégiant le confort à l’esthétique, dynamiques ceux qui choisissent les baskets laissent supposer une grande liberté de son corps. Les ballerines, symbole de l’innocence de la virginité, de la simplicité induisent une séduction discrète et subtile. Les chaussures à talons haut manifestent le désir de plaire, de montrer sa féminité et deviennent armes de séduction. Silhouette allongés, chevilles et mollets sublimés, cambrure du pied sexy, les fesses sont cambrées et les seins se font conquérants. Avec des talons hauts, les femmes veulent voir et être vues. Maryline Monroe suggérait : « Donnez à une fille la bonne chaussure, elle pourra conquérir le monde ». Le salon est le lieu de la rencontre avec autrui. Or, Le regard d'autrui est indispensable et pour la conscience de soi et pour la connaissance de soi. Il joue en quelque sorte un rôle de miroir pour la conscience. « Pour obtenir une vérité quelconque sur moi, il faut que je passe par l'autre. »remarquait Jean-Paul Sartre, en 1945 dans L’existentialisme est un humanisme. Le philosophe allemand contemporain Jurgen Habermas écrit aussi que la raison est « communicationnelle ». « Une raison pure, qui pourrait ne se vêtir qu'après coup des atours du langage, cela n'existe pas. C'est d'emblée une raison qui s'incarne à la fois dans les réseaux de l'activité communicationnelle et dans les structures du monde vécu. » Le dialogue est riche car il permet le cheminement la pensée à l’instar de la maïeutique. Le dialogue nourrit et enrichit. Il importe que les Créateurs de Chaussures se nourrissent de ce dialogue avec leurs contemporains, leurs pairs mais aussi avec leur public ou clients potentiels. L'assentiment d'autrui trouvé dans le dialogue est essentiel, car il est source de légitimité et de reconnaissance

Artisan ou artiste, le créateur de chaussure obéit aux règles d’un même art : la technique. Le Nouveau Créateur de Chaussure ne vise pas seulement l’utilité mais la création. Il ne crée pas ex nihilo mais à partir de formes, de matière, de couleurs. Sa création multiple et diverse est aussi langage, expression de pulsions conscientes ou inconscientes, de l'esprit d'une époque ou d'un peuple ; expression des intérêts d'une classe ou engagement politique ou social. Son art est un langage à interpréter et à traduire, pour en comprendre le message caché. Le Nouveau Créateur de Chaussures est donc un artisan et un artiste. Le salon est-il le lieu adéquat pour mettre en valeur son art ? Lieu et un moment de partage et d’échange, le salon a un intérêt commercial mais aussi une vocation artistique. Il favorise le regard d’autrui, indispensable et pour la conscience de soi et pour la connaissance de soi. L'assentiment ou le questionnement trouvé dans le dialogue est essentiel, car source de légitimité et de reconnaissance. Mais, comme l’observe Paulo Coelho dans Le manuscrit retrouvé en 2012 « le succès ne vient pas de la reconnaissance d'autrui : il résulte de ce que l'on a planté avec amour » 

Laura J