Son of Sneakers, festival autour de la «sneakers» est créé par l’association @le vernissage et rassemble collectionneurs, revendeurs et customisers. La «sneakers» à l’origine, est tout simplement une chaussure conçue pour le sport et portée en ville qui devint rapidement un effet de mode. Ce festival annuel se tiendra au cœur du mois d’août, dans le onzième arrondissement de Paris, à l’Artstudio K, lieux d’événement et d’exposition à Paris. Pourquoi « son of sneakers » ? Nous sommes tous des enfants de sneakers car chacun d’entre nous, à un moment de notre vie, a un souvenir, une anecdote ou un moment fugace liés à ses baskets tels que les Stan Smith, la Converse ou encore les Jordan. Le festival a pour but de faire découvrir la culture de la sneakers, l’histoire de la basket, des premières marques ou encore des modèles cultes. La philosophie peut–elle penser un festival de la basket ? D’une part, la philosophie peut nous permettre de mieux expliciter l’objet à travers la théorie de la causalité. D’autre part, elle peut nous permette de comprendre comment un objet pensé pour la pratique du sport devient un phénomène de mode dont l’ampleur peut trouver son expression dans un festival.

           

Tout d’abord interrogeons sur la conception et la fabrication de l’objet. Objet technique, la sneakers est conçu et fabriqué afin d’améliorer le confort du pied et permettre de meilleures performances physiques des basketteurs. Un matériau essentiel permet sa fabrication : le caoutchouc, Ce dernier se caractérise par le fait qu’il limite la transpiration du pied à l’intérieur de la chaussure, qu’il est silencieux et qu’il permet une adhérence avec la semelle, Ainsi, la première chaussure sportive apparaît en 1868. La théorie de la Causalité d’ Aristote (IV AVJC) permet de mieux l’analyser. Tout objet produit par l'homme, est déterminé par quatre causes : la cause matérielle (la matière dans laquelle il est fait), la cause formelle (la forme qu'on va lui donner), la cause finale (ce à quoi l'objet va servir) et la cause efficiente (l'artisan qui travaille l'objet). La technique est l'ensemble des règles permettant d'ordonner ces causes dans un art donné : une règle technique nous dit comment travailler telle matière, quelle forme lui donner, si l'on veut en faire tel objet. La forme essentielle à la basket que tout le monde connaît et reconnaît se donne à différentes matières : cuir, le daim, nubuck, caoutchouc, plastique. La forme, chaussure montante, varie légèrement pour s’adapter à différents sports : basket, course à pied ou autre. Les nouvelles technologies permettent de nouvelles innovations et adaptations. La cause efficiente n’est ni l’artiste ni l’artisan mais l’industrie. Les principaux fabricants mondiaux de baskets sont par ordre alphabétique : Adidas, Asics, Converse, New Balance, Nike, Puma ou Reebok. Beaucoup de marques de prêt-à-porter se sont lancées dans le marché de la basket en le transformant en objet de mode sans contrainte de l'usage sportif. Cependant, une production en grande quantité vise une consommation de masse tandis qu’une production plus rare, sur commande ou en petite quantité cible une catégorie sociale un peu plus élevée. Sa cause finale à l’origine était de permettre une meilleure pratique sportive par un matériel adapté. Puis, la sneaker comme chaussures de sport est détourné   vers un usage citadin. Se distinguant par son côté esthétique, les sneakers sont aussi des accessoires de mode, en particulier dans la culture populaire et le hip-hop. Le monde urbain se l’est approprié par le biais des adolescents, principaux porteurs de la sneaker comme chaussure de tous les jours, encouragées par les campagnes publicitaires de grandes marques spécialisées, Puis, d’autres âges, d’autres catégories socio professionnelles les adoptent volontiers, multisports, ou bien des années 1960–1970 réédités, plébiscitant leur confort, leur praticité et leur esthétisme. La Haute-Couture se l’approprie : Sneakers-bottes, sneakers à talons, sneakers escarpins la détournant de son usage premier.  Conçue pour le sport, elle devient objet de mode.

 

 

Mais la basket a eu des fonctions qui n’avaient pas été prévues par leurs concepteurs ! Elle joue d’une part différence personnalisante qui participe à la construction de la personnalité et d’autre part à l’intégration dans un groupe. Ainsi, la personnalité de chacun s’exprime dans le choix des sneakers : forme, couleur, la matière. Toutes ces caractéristiques révèlent notre personnalité. Une personne timide et introvertie pourra choisir de révéler sa réelle personnalité à travers d’extravagantes baskets. Finalement cet objet pensé comme technique devient un accessoire de mode que chacun choisi en fonction de ses goûts. En effet, le choix posé reflète de la personne que nous somme.  La basket devient notre empreinte. Alors, le socio style analyse les personnalités en fonction de leurs gouts, de notre façon de nous habiller, en empruntant à la méthode de la sociologie, classe les individus dans des catégories. « Le décalé » convoitera une paire originale, que peu de personne possède comme un modèle rare de Pierre Hardy.  L’ « égocentré » accorde une grande importance à l’objet matériel et à son image. Il élira un modèle de collection telle que les Stan Smith. Alors, de plus en plus de marques se lancent sur le marché notamment de grandes marques inattendues comme Givenchy, Valentino, ou Louboutin. Les marques prennent en compte les différentes caractéristiques de la cible choisit, et créent une paire adaptée. Ils jouent donc sur les différentes formes, différents matières, et très important, ce détail qui la distinguera des autres. Ainsi, Baudrillard observe dans La société de consommation : « Les différences personnalisantes » n’opposent plus les individus les uns aux autres, elles se hiérarchisent toutes sur une échelle indéfinie, et convergent dans des modèles à partir desquels elles sont subtilement produites et reproduites ». Si bien que se différencier, c’est précisément s’affilier à un modèle, se qualifier par référence à un modèle abstrait, à « une figure combinatoire de mode» ce que K. Marx résume" métamorphoses des individualités en sublimes identiques, échantillons d'une même substance " De ce fait, il ne peut s'agir que d’une socialisation des rapports interindividuels tels qu'ils finissent par se codifier/normaliser. L'identité peut par conséquent se saisir comme forme de détermination à l'intérieur des rapports sociaux. Ainsi, l'identité ne s'exprime jamais en-soi et pour-soi. Elle est toujours actualisée dans un ailleurs, dans une variété de pratiques sous-tendues/soutenues par des individualités. Le festival peut être le lieu et le moment propice de la construction de ces rapports sociaux .A caractère festif, organisée à époque fixe annuellement, il permet l’échange et le partage. Caractérisé par son dynamisme et sa convivialité afin de donner ampleur et notoriété, il permet la construction d’une culture commune : son commencement, son histoire les personnes ou anecdotes qui en sont à l’origine. Mais, moment unique, le festival illustre la célèbre expression « carpe diem » d’Horace traduite par « Cueille le jour présent, en te fiant le moins possible au lendemain ». En cela, le Festival Son of Sneakers illustre l’esprit du monde contemporain !

 

             Hier réservées aux athlètes, aux rappeurs, et aux nostalgiques, les sneakers investissent aujourd’hui nos rues et le monde professionnel ! Même la haute couture a adopté la Streets attitude ! La théorie de la causalité aristotélicienne permet de la penser dans ses différents aspects qui font la sneaker ce qu’elle est : matière, forme, efficience. Sa finalité : améliorer la pratique et les performances sportives détermine le choix de la matière pour permettre adhérence, silence et hygiène et sa forme montante. Sa cause efficiente est l’industrie qui crée l’effet de mode. En effet, pensée pour le sport, elle devient objet de mode. Parce qu’elle permet de révéler la personnalité, elle devient différence personnalisante. Ces signes identificatoires convergent dans des modèles que la sociologie analyse et classifie. Mais, une identité ne s’exprime jamais en soi et pour soi. C’est la raison pour laquelle l’organisation d’un festival autour d’une passion et d’un thème commun permet l’échange et la construction de relations sociales.

Marine P